traîner

traîner [ trene ] v. <conjug. : 1>
traïnerXIIe; lat. pop. °traginare, de °tragere traire
I V. tr.
1Tirer après soi (un véhicule ou un objet quelconque). Le fardier « que cinq vigoureux chevaux avaient de la peine à traîner » (Zola).
Déplacer en tirant derrière soi sans soulever. « Je traînai une chaise-longue près de la cheminée » (Bosco). Le corps de la victime a été traîné sur plusieurs mètres. Par ext. Traîner la jambe, la patte : avoir de la difficulté à marcher. Traîner les pieds : marcher sans soulever les pieds du sol; fig. obéir sans empressement, renâcler à faire qqch. Traîner la semelle : vivre misérablement ( traîne-savate, traîne-semelle) . Fam. Traîner ses bottes, ses guêtres quelque part : traînasser. — Fig. Traîner qqn dans la boue.
Entraîner dans sa marche (une entrave). Traîner un boulet, une casserole.
2(1135 ) Forcer (qqn) à aller (quelque part). « On vous traîne au supplice » (Musset). « elle traînait bon gré, mal gré, son mari à ces divertissements » (Maupassant).
3(v. 1200) Amener, avoir partout avec soi par nécessité (les gens ou les choses dont on voudrait pouvoir se libérer). fam. trimballer. Elle est obligée de traîner ses enfants partout. Fig. « Je traînai [...] cette tristesse de rue en rue [...] sans pouvoir la secouer » (Lamartine). Fam. Qu'est-ce qu'il traîne ! qu'il est bête !
Supporter (une chose pénible qui se prolonge). Il traîne une mauvaise bronchite. « Elle traîna sa misérable vie encore quatre ans » (R. Rolland).
4(v. 1175) Faire durer, faire se prolonger. Traîner les choses en longueur. éterniser. « sa façon dormante et voluptueuse de traîner la fin des phrases » (Hugo).
II V. intr.
1(v. 1140) Pendre à terre en balayant le sol. Attention, vos lacets traînent par terre.
Pendre. « Une lévite longue à souhait, traînant jusqu'aux pieds » (Jouhandeau).
2Être étendu. « Les goémons traînant à terre » (Loti).
S'étendre comme une traînée. « Le ciel pâle où traînent des nuées transparentes » (Maurois).
Fig. Subsister. « Des restes de barbarie traînent encore [...] dans la civilisation moderne » (France).
3( XVe) Durer trop longtemps, ne pas finir. s'éterniser. « Quand une chose est décidée, je n'aime pas qu'elle traîne » (Romains). Ça n'a pas traîné ! ç'a été vite expédié. ⇒ tarder. Faire traîner les choses en longueur.
Poursuivre une vie pénible, s'acheminer vers la mort. Elle a traîné plusieurs mois avant de mourir.
Émettre des sons anormalement lents et bas ( traînant). « sa voix s'habitua à traîner et prit un accent gnian-gnian » (Goncourt).
4(1671) Être posé ou laissé sans être rangé. « Des savates traînaient sur le tapis, des vêtements sur les fauteuils » (Flaubert). Laisser traîner ses affaires. Abstrait « Des vieilleries qui traînent depuis quinze cents ans dans les écoles de la Grèce » (Chateaubriand). Ça traîne partout : c'est rebattu, usé.
5(1718) Rester en arrière d'un groupe qui avance. Des enfants traînaient à quelque distance ( traînard) .
Aller trop lentement, s'attarder. Ne traîne pas en rentrant de l'école. Agir trop lentement. lambiner, traînasser. « Il était lancé, il ne voulait pas traîner » (Nizan).
6(1628) Péj. Aller sans but ou rester longtemps (en un lieu peu recommandable ou peu intéressant). errer, vagabonder, fam. zoner. « On traîne dans les bistrots, on va les uns chez les autres » (Sarraute). Elle avait « un peu traîné avec de petits jeunes gens mal élevés » (France).
III V. pron.
1(XIIe) Avancer, marcher avec peine (par infirmité, maladie, fatigue). « Il lui fallut une canne pour se traîner dans la salle à manger » (Zola). Des chameaux « trop las et qui ne pouvaient plus se traîner » (A. Gide). Fam. Voiture qui se traîne, qui avance lentement. — Fig. « Sa vie se traînait inoccupée » (Zola).
2Aller à contrecœur. Il faut encore se traîner là-bas.
3(XVe) Avancer à plat ventre ou à genoux. Fig. Se traîner aux pieds de qqn, le supplier à genoux, s'abaisser à des humiliations.
4(1807) S'étirer en longueur, dans le temps. La journée se traîne. « Puis la conversation reprit, faible et languissante, et se traîna en propos intimes » (France). se prolonger.
⊗ CONTR. Pousser, soulever. — Élever (s'), monter, 2. planer. Dépêcher (se). — Courir.

traîner verbe transitif (latin populaire traginare, de tragere, du latin classique trahere, tirer) Déplacer quelque chose en le tirant après soi ou vers soi : Traîner une table près de la fenêtre. Familier. Emporter quelque chose ou emmener quelqu'un avec soi en tout lieu : J'ai traîné ce parapluie avec moi toute la journée. Son mari la traîne à des réceptions ennuyeuses. Ne pas parvenir à se débarrasser d'une maladie : Traîner un rhume. Littéraire. Ne jamais se séparer de sentiments douloureux : Traîner sa mélancolie. Supporter longtemps les conséquences d'un acte qui entache la réputation : Il a traîné des années durant ses erreurs de jeunesse.traîner (citations) verbe transitif (latin populaire traginare, de tragere, du latin classique trahere, tirer) Jean Racine La Ferté-Milon 1639-Paris 1699 Oui, Prince, je languis, je brûle pour Thésée. Je l'aime, non point tel que l'ont vu les enfers […] Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche, Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi, Tel qu'on dépeint nos Dieux, ou tel que je vous voi. Phèdre, II, 5, Phèdre traîner (difficultés) verbe transitif (latin populaire traginare, de tragere, du latin classique trahere, tirer) Orthographe Traîner et les mots de la même famille s'écrivent avec un accent circonflexe : traînage, traînailler, traînard, etc. ; entraîner, entraînement, etc. ● traîner (expressions) verbe transitif (latin populaire traginare, de tragere, du latin classique trahere, tirer) Traîner la jambe ou (familier) la patte, marcher difficilement, du fait d'une infirmité, d'une blessure, de la fatigue. Traîner la voix, parler avec une lenteur caractéristique. Traîner les pieds, marcher sans lever suffisamment les pieds ; agir, obéir sans empressement (familier). Familier. Traîner ses guêtres, ses bottes quelque part, flâner ; s'aventurer en un lieu où l'on risque des désagréments. ● traîner (homonymes) verbe transitif (latin populaire traginare, de tragere, du latin classique trahere, tirer)traîner (synonymes) verbe transitif (latin populaire traginare, de tragere, du latin classique trahere, tirer) Déplacer quelque chose en le tirant après soi ou vers soi
Contraires :
traîner verbe intransitif Pendre jusqu'à terre, au point de balayer le sol : Ces rideaux traînent, il faut les raccourcir. Pendre pêle-mêle, sans ordre : Ses cheveux traînent sur son cou. Littéraire. Être disposé comme une traînée : Des bancs de brume traînent dans la vallée. Ne pas être rangé : Ne laissez pas traîner ces documents. Être répandu partout, bien connu de tous : Une anecdote qui traîne partout. Se maintenir : Des pratiques superstitieuses traînent encore dans nos sociétés. Flâner, aller sans but : Des jeunes désœuvrés qui traînent dans les rues. S'attarder inutilement, perdre son temps : Ne traînez pas, vous allez manquer votre train. Prononcer avec une lenteur exagérée telles parties du discours : Sa voix traînait de façon déplaisante. Former, à l'aide d'un calibre, une moulure de plâtre ou de ciment sur un mur. ● traîner verbe intransitif se traîner verbe pronominal Se prolonger inutilement, sans aboutir : Les pourparlers entre les deux pays traînent.traîner (expressions) verbe intransitif Familier. Ça ne va pas traîner (ça n'a pas traîné), la question sera vite réglée. Faire traîner les choses, user de manœuvres dilatoires pour retarder la solution de quelque chose. ● traîner (homonymes) verbe intransitiftraîner (synonymes) verbe intransitif Pendre pêle-mêle, sans ordre
Synonymes :
Flâner, aller sans but
Synonymes :
- flâner
- traînailler
- traînasser
S'attarder inutilement, perdre son temps
Synonymes :
- lanterner (familier)
Faire traîner les choses
Synonymes :
- s'éterniser
traîner (homonymes) verbe intransitif se traîner verbe pronominal

traîner
v.
rI./r v. tr.
d1./d Tirer derrière soi. Cheval qui traîne une charrette.
Déplacer, tirer en faisant glisser. Traîner un sac.
Loc. fig. Traîner qqn dans la boue, salir sa réputation.
|| Traîner les pieds, marcher sans les lever; fig. exécuter qqch sans enthousiasme.
d2./d Mener de force. Traîner un homme en prison.
d3./d Emmener partout avec soi. Il traîne sa marmaille dans tous ses déplacements.
Fig. Traîner son ennui.
d4./d Supporter désespérément (un état douloureux qui se prolonge). Traîner une vilaine grippe.
d5./d Faire durer. Traîner ou faire traîner une affaire en longueur.
rII./r v. intr.
d1./d Pendre jusqu'à terre, toucher, balayer le sol. Votre manteau traîne dans la boue.
d2./d être laissé n'importe comment, n'importe où, en désordre. Vêtement qui traîne sur une chaise.
|| Laisser traîner: ne pas ranger.
d3./d Rester en arrière (par rapport à d'autres qui avancent). Pressons, derrière, ne traînons pas!
S'attarder, être trop lent.
d4./d Durer trop longtemps; faire peu ou pas de progrès. Traîner en longueur.
(En parlant d'un malade.) Tarder à se rétablir. Il y a longtemps qu'il traîne.
d5./d Péjor. Flâner, s'attarder oisivement. Traîner dans les cafés.
rIII/r v. Pron.
d1./d Marcher avec difficulté.
|| Fig. être languissant. Dans ce drame, l'action se traîne.
d2./d Se déplacer en rampant. Il se traîne par terre.
Fig. Se traîner aux pieds de qqn, s'humilier devant lui, le supplier.

⇒TRAÎNER, verbe
I. — Empl. trans.
A. — [Le compl. d'obj. désigne un inanimé] Exercer une force physique pour le déplacer derrière soi en se mouvant.
1. [Le compl. d'obj. désigne un véhicule] Le tirer derrière soi pour le faire avancer, glisser, rouler. Traîner une carriole, une charrue; le cheval traîne une charrette. Sur la route, un homme traîne un charreton chargé de matelas (GIONO, Gd troupeau, 1931, p. 240). Un interminable convoi de wagons vides que traîne à petite allure une locomotive soufflante, chauffée à blanc (MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p. 740).
— Fréq. au part. passé. Char traîné par les bœufs; bateau traîné par un remorqueur. Le carrosse ducal apparut. Il était traîné par huit chevaux blancs, couverts de housses, et conduits à la main (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 8).
2. [Le compl. d'obj. désigne un objet lourd] Le tirer après soi pour le déplacer. Traîner un fardeau, un fauteuil, un matelas sur le plancher, sur le sol; traîner un poids mort; traîner un cadavre par les pieds. Nous vîmes courir dans les rues un chien effrayé qui traînait à sa queue une casserole attachée (FLAUB., Champs et grèves, 1848, p. 351). On peut toujours essayer de traîner le siège près du lit. Philippe s'arc-boute au dossier, pousse de toutes ses forces (BERNANOS, M. Ouine, 1943, p. 1541). Au passif. Une chute de cheval: son pied était resté pris dans l'étrier. Harry: Il a été traîné? (MAURIAC, Asmodée, 1938, II, 7, p. 83).
Traîner le boulet.
Loc. fig. Traîner le boulet, la chaîne de (qqc.) [P. allus. au forçat entravé par une chaîne munie d'un boulet et rivée aux pieds] Cette longue chaîne de crimes et de misères que le genre humain traîne dès sa naissance (PROUDHON, Propriété, 1840, p. 198). L'an dernier, il achevait son droit: cela lui prenait deux heures par jour, il traînait le boulet d'un air ennuyé, c'était le dernier morceau de la chaîne universitaire (TAINE, Notes Paris, 1867, p. 115). Traîner son boulet. Mener une vie pénible. Fatigué de vivre (...) l'énergie disparue, je crois ne pas traîner mon boulet encore bien longtemps (AMIEL, Journal, 1866, p. 306).
BÂT. ,,Exécuter une moulure en plâtre en déplaçant un calibre sur le plâtre encore mou`` (PEYROUX Techn. Métiers 1985). Traîner une corniche, une moulure (PEYROUX Techn. Métiers 1985). P. anal. [La colonne dorique] a une forme conique très prononcée avec un léger renflement. On y a traîné des cannelures profondes à vives arêtes (Ch. BLANC, Gramm. arts dessin, 1876, p. 152).
3. [Le compl. d'obj. désigne un vêtement, un objet] Porter en tirant ce qui repose sur le sol. Traîner sa robe longue. Elle vint en grand apparat, Traînant avec des airs d'infante Un flot de velours nacarat (GAUTIER, Émaux, 1852, p. 7).
a) Traîner qqc. dans. Tirer quelque chose sur le sol en le salissant, souillant. Traîner un drapeau dans la boue, dans la fange, dans la poussière, dans le sang; traîner son écharpe dans la poussière. L'escalier était rempli de créatures au chignon trop jaune, aux yeux trop cernés, au bas de robe traîné dans la crotte (BOURGET, Profils perdus, 1884, p. 264).
Loc. fig. Traîner (qqn, qqc.) dans la boue (v. boue III B 3 b), dans la fange, dans les ruisseaux. Salir, déshonorer. Traîner un blason, une famille dans la boue. Il faut encore que le Figaro, pour les besoins de sa polémique, me traîne dans la fange! (FLAUB., Corresp., 1879, p. 219). Vous devriez bien user de votre influence sur lui pour lui faire comprendre le chagrin qu'il cause à sa pauvre mère et à nous tous en traînant notre nom dans la boue (PROUST, Guermantes 1, 1921, p. 278).
b) Familier
— Porter avec soi, transporter un objet gênant, encombrant. Synon. fam. trimbaler. Traîner son parapluie toute la journée. Un professeur sans pitié avait inauguré les devoirs du jeudi; il fallait maintenant traîner avec soi là-bas [à la campagne] des cahiers, des livres (LOTI, Rom. enf., 1890, p. 166). À l'entrée du village, Jos-Mari lui rendit l'imperméable et le lainage qu'il avait traînés depuis le matin (PEYRÉ, Matterhorn, 1939, p. 94).
— Porter constamment sur soi un vêtement que l'on a usé ou dont on ne se lasse pas. Oh! comme vous êtes belle! Mais, ma chère, c'est ma vieille robe que j'ai traînée tout l'hiver! (RENARD, Journal, 1893, p. 162). Je n'étais qu'une grosse fille brune, passionnée par le travail et le sport, traînant un vieux tailleur (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 301).
c) Littér., poét. Être suivi de quelque chose à la manière d'une traîne ou d'une traînée, répandre quelque chose. Traîner une nuée, une rumeur. La nuit traîne son noir velours sur la solitude du monde (LECONTE DE LISLE, Poèmes barb., 1878, p. 196). Dans les champs où le soir traîne ses voiles bleus Un attelage au pas sûr et lent se balance (Ch. GUÉRIN, Cœur solit., 1904, p. 53). Des coups de vent tiède traînaient des odeurs de source, de verdure, de fraîcheur (POURRAT, Gaspard, 1930, p. 205).
4. [Le compl. d'obj. désigne une partie du corps, en partic. les membres inférieurs, ce qui les chausse]
a) Déplacer, faire mouvoir sans soulever sur le sol ou sur une surface et en frottant. Traîner ses mains sur un mur; traîner un membre blessé; traîner ses sabots. Son ombre le suivait comme une aile cassée Que traîne sur le sol la cigogne blessée (LAMART., Chute, 1838, p. 1076). Il traînait ses vieilles pantoufles avec un petit bruit régulier et agaçant (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 213).
Empl. pronom. réfl. indir. On s'aperçoit en plus que le chat est une chatte le jour où l'animal commence à bramer son désir en se traînant l'arrière-train sur les tapis (B. GROULT, Les Trois quarts du temps, 1984 [1983], p. 424).
Part. passé en empl. adj. Redevenu l'indifférent de Watteau, de son pas traîné et menu, il s'en allait sous la voûte triomphale des bourdons (PÉLADAN, Vice supr., 1884, p. 213).
b) Locutions
Traîner la jambe (v. jambe A 1 c), la patte (fam., v. patte1 B 4), les pieds (v. pied 1re Section I B 2 c). Marcher difficilement du fait d'un accident, de la fatigue, d'une maladie. Les pauvres blessés qui s'en allaient le bras en écharpe, ou bien traînant la jambe appuyée sur leurs béquilles (ERCKM.-CHATR., Conscrit 1813, 1864, p. 152). V. main ex. 32. Au fig. Traîner les pieds. V. pied 1re Section I B 2 c.
Traîner l'aile. [P. allus. à la fable de La Fontaine, Les Deux pigeons, livre IX, fable 2, vers 58, 1679] Avoir l'aile cassée et pendante. Au fig. Être mal en point. Me voici maintenant De retour au logis, moins alerte, traînant L'aile et tirant le pied, comme dit La Fontaine, Confus, et tout brisé de ma course lointaine (M. DE GUÉRIN, Poés., 1839, p. 79). V. aile ex. 90.
Traîner les hanches. V. hanche.
Fam. Traîner ses bottes. Marcher longuement, parcourir en tout sens. C'était des paysans dans l'âme... Ils traînaient leurs bottes partout (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 648). Traîner ses grolles. V. grolle2. Traîner ses guêtres. V. guêtre. Traîner la savate. Traîner ses semelles. V. semelle.
B. — [Le compl. désigne un animé] Exercer une force physique ou morale pour le faire avancer.
1. Contraindre à aller quelque part, à marcher avec soi avec ou sans violence. Traîner qqn à sa remorque, un chien avec une corde; traîner de force. Les femmes (...) emportaient un ou deux enfants sur leurs épaules, traînaient les autres par la main (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 1083):
1. Au coin de la rue saint-Georges on entourait une femme, une fille à boches, que les gens de son quartier amenaient, tiraient, traînaient par les cheveux, rouaient au passage de coups de pied et de coups de poing...
VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 411.
Traîner qqn à son char, derrière son char (vieilli). Attacher, enchaîner (un vaincu) à son char. Le héros qui (...) méritait un meilleur sort, fut traîné derrière le char de Marius, au milieu des huées d'une lâche populace (MICHELET, Hist. romaine, t. 2, 1831, p. 153). Au fig. Traîner qqn à son char. Mettre quelqu'un sous sa domination. Et l'on n'a pas trente-quatre mois [une fillette] ! Aussi traîne-t-on toute la famille à son char! (AMIEL, Journal, 1866, p. 246).
Traîner qqn + prép. à, en... Contraindre par la force ou l'obligation morale à aller, à se présenter en un lieu, une institution. Traîner à l'échafaud, à la cour d'assises, à la guillotine, au supplice, en justice, en prison, devant les juges; femmes, captifs traîné(e)s en esclavage. On ne peut pas traîner les filles à l'autel, et leur faire épouser de force tel ou tel (PONSARD, Honn. et argent, 1853, III, 5, p. 78). À la tombée de la nuit, un gardien de la paix traîne au poste voisin un voyou qui lui jette d'une voix étouffée toutes les injures (...) qu'il sait (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p. 336). V. barre ex. 4.
2. P. ext.
a) Traîner qqn + prép. Mener avec soi quelque part une personne réticente. Traîner qqn au concert, chez le médecin, en visite, dans les musées. Mme Dambreuse, durant tout l'hiver, traîna Frédéric dans le monde (FLAUB., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 218).
b) Amener avec soi et partout une personne désagréable, importune. Traîner ses gardes du corps. Elle (...) vivait dans un perpétuel renouvellement d'amoureux. On eût dit une maîtresse de pension traînant avec elle ses élèves (ZOLA, M. Férat, 1868, p. 117).
c) Être suivi de, attirer à soi, séduire. Traîner des admirateurs, des soupirants. Victor Hugo, qui a traîné derrière lui des cortèges de fidèles, ne laissera pas un disciple pour reprendre et fonder la religion du maître (ZOLA, Doc. littér., Hugo, 1881, p. 70).
3. Fam. [Le suj. désigne les membres inférieurs] Porter, faire marcher. Mes pieds ne peuvent plus me traîner. Ah! mon Dieu, c'est la révolution! Et mes jambes qui ne peuvent plus me traîner (CAMUS, Possédés, 1959, 3e part., 15e tabl., p. 1082).
C. — Au fig.
1. [Le compl. désigne un inanimé abstr.] Ne pouvoir se libérer de, supporter, subir.
a) [Le compl. désigne une épreuve physique persistante] Endurer. Traîner une fatigue, une fièvre, une toux. J'ai traîné tout le long de ce jour orageux un mal de tête humiliant (GIDE, Journal, 1914, p. 429).
En partic. [Le compl. désigne la vie et est déterminé par un adj.] Traîner une existence malheureuse, des jours monotones, une vieillesse solitaire. Dans ces pays malheureux, les personnes qui (...) trouvent le moyen d'échapper aux principaux dangers qui les environnent, n'en traînent pas moins habituellement une vie languissante et timide (CABANIS, Rapp. phys. et mor., t. 2, 1808, p. 37).
b) Littér. [Le compl. désigne un inanimé rel. à la pers.] Traîner sa douleur, une épreuve morale, sa misère, une peine, des sentiments douloureux, un souci. C'est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis, que j'ai commencé à sentir la première atteinte de cet ennui que j'ai traîné toute ma vie (CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 140).
En partic. [Le compl. désigne le vécu, le passé] Supporter les conséquences de. Traîner une erreur de jeunesse. Qui traîne ainsi un lourd passé derrière lui, un monde de souvenirs et de pensées secrètes, et de drames, prend l'habitude du silence (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 155).
c) Fam. [Le compl. non exprimé signifie la naïveté, la bêtise] Qu'est ce qu'il traîne! Comme il est bête!:
2. Regardez les jeunes gens avec ce qu'ils traînent
La superstition qui s'attache à leurs pas
Comme une branche morte et comme à la carène
D'un bateau démâté le chant de la sirène
Contre quoi rien ne sert boussole ni compas...
ARAGON, Rom. inach., 1956, p. 16.
2. [Le compl. désigne un inanimé] Faire durer.
a) [Le compl. désigne une action] Accomplir péniblement, prolonger au delà des délais normaux. Traîner une affaire, un procès, un travail. Il y avait un bon mois de travail, des chambres à parqueter, des portes, des fenêtres à consolider un peu partout. Lui, heureux, traîna la besogne six semaines (ZOLA, Terre, 1887, p. 97).
Vieilli. Traîner la chose, les choses (en longueur). Synon. faire traîner la, les chose(s) (infra II B 1 a). Il n'avait jamais donné de réponse sincère. Il traînait la chose en longueur, se fiant à la patience du duc de Bourgogne (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 392). Pour amener M. Sarrasin à composition, il fallait un peu traîner les choses afin de ne pas lui laisser connaître que lui, Schultze, était déjà prêt à une transaction (VERNE, 500 millions, 1879, p. 55).
b) [Le compl. désigne un son] Émettre, prononcer certaines syllabes en les allongeant. Traîner les finales, la voix. Alors je me mis à chanter l'air des forgerons (...) et lui (...) me suivit en grossissant sa voix, ronflant du nez et traînant chaque mot, à la manière plaintive des anciens compagnons (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 163). Il traînait lourdement ses phrases (A. FRANCE, Lys, 1894, p. 15).
Part. passé en empl. adj. Note traînée; son traîné. Un beau oui, cette fois, net, sec, final. Pas ces oui, traînés et mous, où toutes les craintes peuvent se terrer dans une voyelle qui n'en finit pas (MALÈGUE, Augustin, t. 2, 1933, p. 119).
D. — Empl. pronom.
1. [Le suj. désigne un animé]
a) Avancer en rampant au ras du sol. Synon. ramper. Se traîner à plat ventre, à quatre pattes, sur les coudes, sur les genoux; l'escargot, le serpent se traîne. Au secours! au secours! on m'a frappée au cœur. Déidamia tombe et sort en se traînant (MUSSET, Coupe, 1832, V, 3, p. 333). Ce bébé de dix mois qui se traîne et se trémousse sur le tapis (MARTIN DU G., Notes Gide, 1951, p. 1391).
Se traîner aux pieds, aux genoux de qqn. Être dans une attitude de suppliant. Il se serait traîné aux genoux de Mariette pour la remercier de cette délicatesse qu'elle montrait (CHAMPFL., Avent. Mlle Mariette, 1853, p. 299). Au fig. S'abaisser, s'humilier, quémander. Pardonne! seigneur, supplie-t-il, pardonne... Je ne suis qu'un chien. Je me traîne à tes genoux. Je te baise les pieds (BERNANOS, Nuit, 1928, p. 34).
b) Avancer difficilement ou péniblement du fait d'une blessure, d'une infirmité, de l'âge. Ne plus pouvoir se traîner; se traîner à (tel endroit). Un général (...) grièvement blessé à la jambe, s'était traîné au lever de l'Empereur (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 364). Le Percepteur: La fièvre, probablement. Il se traînait hier à la poste, en claquant des dents sous le gros soleil (LENORMAND, Simoun, 1921, 3e tabl., p. 22).
Empl. réciproque. Il semble même qu'il y a plusieurs blessés. On entrevoit ce paquet d'hommes qui se traînent l'un l'autre, et s'en vont (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 344).
Rare. Se traîner dans. Aller à contrecœur quelque part. Ce paysan devenu riche, tombé à l'oisiveté, se traînant, sale et mal tenu, dans des loisirs de monsieur dont il crevait d'ennui (ZOLA, Terre, 1887, p. 364). À force de se traîner d'entrevue en entrevue, Lili, qui avait déjà vingt-trois ans, finirait bien par se caser (BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 220).
P. anal., fam. [Le suj. désigne un véhicule] Ne pas rouler assez vite. Les voitures se traînent sur l'autoroute. Tout le reste de l'après-midi, l'antique véhicule se traînait dans l'humidité chaude qui noie sous d'épaisses vapeurs la plaine assoupie d'Alger (THARAUD, Fête arabe, 1912, p. 6). D'une île à l'autre, sans trêve, sur notre petit bateau, qui se traînait pourtant, j'avais l'impression de bondir, nuit et jour, à la crête des courtes vagues fraîches dans une course pleine d'écume et de rires (CAMUS, Chute, 1956, p. 1523).
c) Au fig. [Suivi d'un compl. de temps] Être mal à l'aise, souffrant, incapable d'une activité normale. Il se traîna une année, ne s'occupant plus de ses affaires (...). Puis, un matin, on le trouva pendu dans un cabinet où étaient encore accrochées les robes d'Ursule (ZOLA, Fortune Rougon, 1871, p. 132). Je me suis traîné si misérablement ces derniers jours que, même à contre-cœur, je ne fusse parvenu à rien écrire (GIDE, Journal, 1912, p. 356).
2. [Le suj. désigne un mot du vocab. du temps] Se passer, s'écouler trop lentement. L'hiver, la journée se traîne; les heures se traînent. Minuit vint, une heure, deux heures. Le temps se traînait désespérément (VAN DER MEERSCH, Empreinte dieu, 1936, p. 69). Mes après-midi se traînaient dans une langueur interminable (GRACQ, Syrtes, 1951, p. 57).
II. — Empl. intrans.
A. — [Souvent avec un compl. de lieu]
1. [Le suj. désigne un inanimé concr.]
a) [Un vêtement, une matière souple] Pendre verticalement en balayant le sol, une surface. Le rideau traîne; la robe traîne sur le plancher. Il détacha son sabre du crochet et le laissa traîner bruyamment derrière lui (COURTELINE, Train 8 h. 47, 1888, p. 109). [La vieille redingote] traînait à terre et les manches me couvraient les mains (A. FRANCE, Pt Pierre, 1918, p. 221).
Empl. trans. indir., rare. Elles avaient de jolis chapeaux à brides. Une plume blanche leur traînait dans le cou, à toutes les trois (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p. 74).
b) [Une partie du corps, un membre] Frotter le sol, une surface en se mouvant. Le pied traîne, le ventre (d'un animal) traîne à terre; doigts traînant sur le clavier. C'est un garçon du même âge, qui boite et veut toujours courir, de sorte que sa jambe gauche infirme traîne derrière l'autre et ne la rattrape jamais (RENARD, Poil carotte, 1894, p. 219). C'est un gosse. Il a des gestes qu'on ne voit faire qu'à des gosses: laisser traîner sa main, en passant, le long d'une grille, d'un étalage... (MONTHERL., Démon bien, 1937, p. 1246).
Fam. Traîner de. Traîner de l'aile, de la patte. Mme Rezeau se tourna vers la gouvernante, tandis que son époux s'éloignait en traînant de la bottine (H. BAZIN, Vipère, 1948, p. 49).
Laisser traîner un regard, ses yeux. Regarder distraitement d'un coup d'œil circulaire. La jeune femme laissa traîner sur lui un regard maladif, qu'elle arrêta plus longuement sur Daniel (MARTIN DU G., Thib., Belle sais., 1923, p. 838).
c) [Un objet] Être éparpillé çà et là en désordre, ne pas être rangé. Le linge, la vaisselle traîne; laisser tout traîner; laisser traîner ses clefs, ses lettres, ses papiers. Je ne veux pourtant pas qu'aujourd'hui la poussière traîne sur tous les meubles (HUYSMANS, Là-bas, t. 1, 1891, p. 236). Quel ordre! hein Léo? On ne risque pas d'embrouiller les visites, de laisser traîner une canne, une chemise, un chapeau, des cendres (COCTEAU, Parents, 1938, II, 10, p. 262).
— [À la forme impers.] Il traîne sur la table un quartier de brie qui n'est pas fini (BOURGET, Physiol. amour mod., 1890, p. 185).
d) Souvent littér. Être répandu çà et là, sur de larges espaces; demeurer à l'état de traces. Une odeur, une senteur traîne. Novembre est arrivé. Des brumes traînent au ciel (PESQUIDOUX, Chez nous, 1921, p. 193). Un relent de pharmacie traînait dans la chambre (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p. 156).
2. [Le suj. désigne un inanimé abstr.]
a) Être répandu, se trouver partout. Synon. être rebattu. Anecdotes, idées qui traînent partout. M. de Norpois se servait de certaines expressions qui traînaient dans les journaux (PROUST, J. filles en fleurs, 1918, p. 459). Dans les rues, aussi, il y a une quantité de bruits louches qui traînent (SARTRE, Nausée, 1938, p. 18).
b) [À la forme impers.] Subsister. On a vu qu'il traînait dans le droit germanique quelques survivances du droit maternel: en l'absence d'héritiers mâles, la fille pouvait hériter (BEAUVOIR, Deux. sexe, t. 1, 1949, p. 157).
3. [Le suj. désigne une pers., un animé]
a) Aller longtemps sans but çà et là; être là où on ne fait rien d'intéressant ou dans un lieu mal famé; être désœuvré. Synon. errer, lanterner (fam.).
) [Avec indication de lieu] Traîner dans les bals, dans les cafés, au lit. Des groupes de chômeurs traînent le long de Michigan avenue (NIZAN, Chiens garde, 1932, p. 203).
Ne pas traîner (à tel endroit). Ne pas rester longtemps quelque part. Blaise: Vous savez bien que je n'y ai pas traîné [au séminaire]... et qu'au bout de six mois, j'avais déjà pris le large (MAURIAC, Asmodée, 1938, I, 4, p. 36).
Fam. [Avec ell. de la prép.] Traîner les cafés. Regardez les pauvres, leur dimanche, ce qu'ils en font. Ils traînent les rues, ils bâillent (ANOUILH, Répét., 1950, IV, p. 100).
) [Sans indication de lieu] [Paul] sortait, il traînait. Il allait voir des films très agréables écouter des musiques très agréables, suivre des filles très agréables (COCTEAU, Enfants, 1929, p. 82).
Traîner avec qqn (péj.). Fréquenter quelqu'un. Quand il vous aura assez compromise, il vous enverra promener. (...) L'année prochaine, on dira de vous: « Elle traîne avec tout le monde » (A. FRANCE, Lys, 1894, p. 241).
b) Avancer, marcher trop lentement. Traîner en chemin. Le bambin aux joues de printemps Qui traîne en allant à l'école (TOULET, Vers inéd., 1920, p. 101). Il recommanda aux cochers de ne pas traîner, mais d'être prudents à la descente, et assura que nous arriverions avant le train (PROUST, Sodome, 1922, p. 977).
En partic. Rester en arrière. Des soldats traînent; un coureur cycliste traîne. Dans sa meute, il n'y a pas un chien qui traîne (Ac. 1835-1935).
B. — Au fig. [Avec un aspect surtout temporel]
1. [Le suj. désigne un inanimé abstr.]
a) Se prolonger, durer trop longtemps. Synon. s'éterniser. Le repas, le travail traîne. La conversation traîne et languit (GONCOURT, Journal, 1868, p. 462). Cette affaire traîne: il y a huit jours qu'elle devrait être terminée (SARTRE, Mains sales, 1948, 5e tabl., 1, p. 175).
Faire traîner les choses (en longueur). Retarder volontairement ou par négligence la solution, l'aboutissement, la réalisation de quelque chose. Synon. traîner les choses (supra I C 2 a). Elle nous a menacés si on lanternait davantage... si on faisait traîner les choses, d'aller toute seule s'établir à Saligons comme sage-femme (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 588).
Laisser traîner qqc. (en longueur). Ne pas s'occuper de, mettre de côté quelque chose. Dès la première génération, l'institution académique (...) laissa tomber la grammaire, traîner le dictionnaire, alla vers des destinées imprévues (THIBAUDET, Réflex. litt., 1936, p. 242). Je te l'ai dit souvent, il ne faut pas laisser traîner les comptes éternellement. L'intérêt alourdit les plus petites dettes (DUHAMEL, Désert Bièvres, 1937, p. 80).
Fam. Ça ne traîne pas, ça n'a pas traîné, ça ne traînera pas. C'est vite fait, ça a été vite fait, ce sera vite fait. Il ajouta:Ah bien! ça ne traîne pas. Ils vous envoient ça [un mariage] en quatre mouvements (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 437). M'arrachant à son étreinte (...) je dis:Ah! bien, tout de même!... Ça ne traîne pas avec vous... (MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p. 332). Et que ça ne traîne pas! Dépêchez-vous! Fichez-moi le camp, et que ça ne traîne pas, ou je vais vous faire voir de quel bois je me chauffe (COURTELINE, Client sér., Commissaire bon enfant, 1900, I, p. 157).
b) [Le suj. désigne une maladie] Tarder à guérir. Tant mieux si la maladie traîne. Cela est signe que ce n'est pas très grave (FLAUB., Corresp., 1858, p. 286). Une assez forte grippe, qui comme toujours traîne, traîne et dont à peine enfin je viens à bout (GIDE, Journal, 1917, p. 626).
c) [Le suj. désigne la voix] Prononcer avec trop de lenteur, moduler trop longuement. Sa voix (...) devenait criarde, traînait sur les dernières syllabes (BERNANOS, Journal curé camp., 1936, p. 1149). L'accent normand traînait, soulignant les précautions oratoires (DRIEU LA ROCH., Rêv. bourg., 1937, p. 10).
2. [Le suj. désigne une pers.]
a) Agir lentement, prendre tout son temps dans une occupation. Sans traîner dans les détails, je lui ai dit ce qui était nécessaire pour qu'elle devinât les faits et se représentât les sentiments (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1939, p. 222).
b) Prononcer en allongeant une articulation. Il disait « vous » en traînant sur la diphtongue (DUHAMEL, Terre promise, 1934, p. 123).
REM. 1. Traîné, traîner, subst. masc., rare. Fait, façon de traîner (quelque chose). Il était las à mort. Il n'y avait qu'à voir son traîné de pied, le poids que le bâton pesait dans sa main (GIONO, Gd troupeau, 1931, p. 16). Ces syllabes (...) prononcées avec le traîner faubourien (GIDE, Journal, 1930, p. 985). 2. Traînotter, verbe intrans., fam. Synon. de traînailler, traînasser. La Bovary traînotte toujours, mais enfin avance. J'espère d'ici à quinze jours avoir fait un grand pas (FLAUB., Corresp., 1853, p. 131).
Prononc. et Orth.:[], [-], (il) traîne []. Ac. 1694, 1718: traisner; dep. 1740: traîner. Étymol. et Hist. A. Verbe trans. 1. ca 1135 « emmener de force quelqu'un » (Couronnement Louis, éd. Y. Lepage, réd. AB, 1754); 1758 traîner dans la boue (D'ALEMBERT, Lettre à Voltaire, 11 janv. ds LITTRÉ); 1849 traîner à la barre (PROUDHON, Confess. révol., p. 87); 2. a) 1160-74 « tirer après soi sur le sol » (WACE, Rou, éd. A. J. Holden, III, 6518); b) 1552 traîner les pieds (EST., s.v. reptare); 1934 id. fig. (L. DE VILMORIN, Sainte, p. 75); c) 1690 traîner la jambe (FUR.); d) 1739-47 traîner la savatte « courir les rues » (CAYLUS, Œuvres badines, X, p. 235); 1866 traîner la savate « être misérable », traîner sa savate « se promener » (DELVAU, p. 382); e) 1824 traîner ses guêtres « flâner » (CARMOUCHE et DE COURCY, Les Etrennes à la Halle, pp. 10-11 ds QUEM. DDL t. 19); f) 1940 traîner les semelles (COCTEAU, Fin Potomak, p. 117); 1956 traîner la semelle (ARNOUX, Roi, p. 101); 3. 1174-76 « faire lanterner quelqu'un, lui faire attendre la conclusion d'une affaire » (GUERNES DE PONT-SAINTE-MAXENCE, St Thomas, éd. E. Walberg, 4525); 1508 « faire durer, se prolonger quelque chose » (ÉLOY D'AMERVAL, Le Livre de la Deablerie, éd. C. F. Ward, p. 132b); 1549 « émettre lentement les sons de la voix » (EST.); 4. ca 1200 « emmener avec soi quelque chose qui embarrasse » (Aiol, éd. J. Normand et G. Raynaud, 744); 5. XIIIe s. « entraîner quelque chose » (De l'ermite qui se desespera ds Nouv. rec. de fabliaux, éd. M. Méon, t. 2, p. 213); 1677 « attirer, séduire » (RACINE, Phèdre, II, 5); 6. 1461 traîner maladie « subir une chose pénible qui dure » (G. CHASTELLAIN, Chronique, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 4, p. 231); 1580 absol. (MONTAIGNE, Essais, I, 10, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 40); 1573 « supporter une forme d'existence pénible » (GARNIER, Hippolyte, éd. W. Foerster, 427). B. Verbe intrans. 1. ca 1140 « pendre en frottant le sol » (Pélerinage Charlemagne, éd. G. Favati, 269); 1694 « pendre en désordre, des cheveux » (Ac.); 2. a) 1461 « durer trop longtemps, ne pas finir » (G. CHASTELLAIN, op. cit., t. 3, p. 434); 1876 Et que ça ne traîne pas! (A. DAUDET, Jack, t. 2, p. 31); 1877 ça ne traîne pas (ZOLA, Assommoir, p. 437); 1902 ça n'a pas traîné (ID., Vérité, p. 68); b) ca 1590 langage traînant (MONTAIGNE, op. cit., II, 17, p. 639); 1861 « en parlant de la voix, s'arrêter sur une syllabe, un mot » (GONCOURT, Sœur Philom., p. 21); 3. a) 1508 « agir avec lenteur, s'attarder dans une occupation » (ÉLOY D'AMERVAL, op. cit., p. 131a); b) 1718 « rester en arrière d'un groupe qui avance » (Ac.); 4. 1628-30 « aller sans but, vagabonder » (D'AUBIGNÉ, Mém., p. 16 ds LITTRÉ); 5. 1671 « être à l'abandon, en désordre (de choses) » (POMEY); 1687, 26 févr. laisser traîner « ne pas prendre soin de » (Mme DE SÉVIGNÉ, Corresp., éd. R. Duchêne, t. 3, p. 282); 1727 « se trouver partout, être banal » (BOISSY, Français à Lond., sc. 15 ds LITTRÉ); 6. 1843 « s'étendre en longueur, comme une traînée » (GAUTIER, Tra los montes, p. 3); 1888 fig. « subsister » il traîne dans (BOURGET, Ét. angl., p. 183); 7. 1964 « pêcher à la traîne » (Lar. encyclop.). C. Verbe pronom. 1. ca 1180 « se déplacer avec peine » (Jeu d'Adam, éd. W. Noomen, p. 475); 2. 1re moit. XVe s. « avancer en rampant sur le sol » (MONSTRELET, Chronique, I, 148 ds GDF. Compl.); 1830 se traîner aux pieds de qqn (DUMAS père, Christine, V, 7, p. 292); 3. 1717 « aller quelque part à contrecœur » (MASSILLON, Profess. relig., 2 ds LITTRÉ); 1807 fig. « s'étirer en longueur dans le temps » (STAËL, Corinne, t. 2, p. 105). D'un b. lat. , dér. de tragere (v. traire), du lat. trahere « tirer », « traîner », « entraîner », « traîner avec soi, derrière soi », « traîner en longueur, prolonger ». Fréq. abs. littér.:5 080. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 5 102, b) 9 358; XXe s.: a) 9 131, b) 6 743.
DÉR. 1. Traînement, subst. masc. a) Rare. [Corresp. à supra I A] Action de traîner quelque chose; bruit qui en résulte. Traînement de pantoufles, de pieds, d'un sabre, de savates, de souliers. On entendait dans le Carrousel le traînement des sabres de tous ces soldats extraordinaires de la grande république et du grand empire (HUGO, Misér., t. 2, 1862, p. 516). b) [Corresp. à supra I E 2] Fait de parler avec lenteur. Traînement de voix. Ce don de l'imitation, il le tient de sa mère, qui est inimitable dans les traînements colères de la voix canaille de Mme Zola, quand sa mauvaise humeur en fait une harengère (GONCOURT, Journal, 1892, p. 234). c) Au fig. [Corresp. à supra I E 1] Traînement d'une affaire. J'ai recommencé toujours à nouveau la série de mes épreuves, et le traînement de mes espérances trompées (AMIEL, Journal, 1866, p. 443). d) Arm. ,,Éraflure longitudinale produite dans l'âme d'une bouche à feu par le frottement sur ses parois, de quelque irrégularité à la surface du projectile`` (Lar. encyclop.). []. 1res attest. a) 1295 « effort que l'on doit faire » (Arch. J 456, pièce 36 ds GDF.), b) 1501 « action de traîner un condamné par les rues » (ap. A. JOUBERT, Misères de l'Anjou, p. 284, ibid.), c) 1538 « action de se traîner, de ramper » (EST., s.v. reptatus), d) 1572 « bruit de chose traînée » (RONSARD, La Franciade, L. IV, 659 ds Œuvres, éd. P. Laumonier, t. 16, p. 274), e) 1605 « action de traîner quelque chose » (MARNIX, Differens, II, I, 3 ds HUG.), f) 1892 traînements colères de la voix (GONCOURT, loc. cit.); de traîner, suff. -ment1. Fréq. abs. littér.: 16. 2. Traînerie, subst. fém. a) [Corresp. à supra I A] Action de traîner quelque chose; bruit qui en résulte. L'infortuné baron entendit la traînerie des chaussons (...) de l'invalide Marneffe (BALZAC, Cous. Bette, 1846, p. 257). b) [Corresp. à supra II A 3] Action d'aller lentement, çà et là, à l'aventure. Synon. traînasserie. Sur le passage du boghey à toute vitesse, les familles parisiennes qui encombrent les routes de campagne de la traînerie de leur dimanche, s'écartaient vivement (A. DAUDET, Pte paroisse, 1895, p. 116). c) Au fig. Retard, lenteur. En présence d'une vie si longue (...) il est bien permis d'y mettre quelque longueur, et même un peu de traînerie, comme dirait Montaigne (SAINTE-BEUVE, Nouv. lundis, t. 2, 1862, p. 91). En partic. [Dans une œuvre d'art littér. ou mus.] Guérin est revenu. Lui ai lu dans Volupté deux pages superbes et vraies, sans mollesse et traînerie (BARB. D'AUREV., Memor. 1, 1836, p. 19). []. 1res attest. a) 1555 « maladie de langueur » (GEORGE DE LA BOUTHIÈRE, Des Prodiges, p. 44), b) 1560 trainnerie « pêche à la traîne » (Reg. du bailliage de Mortagne, ms. appartenant à M. Bocquillet ds GDF.), c) 1601 traînerie de propos « fait de traîner, de durer trop » (P. CHARRON, Sag., II, 9, p. 413 ds GDF. Compl.), d) 1616 « action de traîner, de s'attarder » (D'AUBIGNÉ, Hist., II, 61 ds LITTRÉ), e) 1760 « discours traînant, longueurs de paroles » (J. J. ROUSSEAU, Lett. à Mme de Luxembourg, 12 déc., ibid.), f) 1798 « lenteur dans l'exécution d'un morceau de musique » (ID., Confess., VI, II, 2e part., ibid.); de traîner, suff. -erie. 3. Traînier, subst. masc., vx ou région. Celui qui fréquente les lieux mal famés, qui vagabonde. Synon. gueux, rôdeur, vagabond. Un étranger, un traînier sans pays; il avait dû braconner ailleurs, promener ses guêtres ici et là, au hasard des coups à faire (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 89). La forme fém. n'est pas relevée; le subst. fém. traînée peut y correspondre partiellement. [], [-]. 1res attest. a) 1604 adj. « qui se traîne » (JEAN DE MONTLYARD, Mythologie, t. I, p. 490), b) fin XIXe s. subst. masc. « vagabond, qui fréquente des mauvais lieux » (COURTELINE, Œuvres, p. 118 ds RHEIMS 1969); de traîner, suff. -ier. Fréq. abs. littér.: 11.
BBG. — QUEM. DDL t. 9, 16, 19.

traîner [tʀene; tʀɛne] v.
ÉTYM. V.1131, traïner, au sens I, 2; du lat. pop. traginare, dér. du bas lat. tragere, du lat. class. trahere « tirer, traîner ». → Traire.
———
I V. tr.
1 (V. 1155). Compl. n. de chose. Tirer après soi sur le sol, ou sur une surface.Tirer (un véhicule) derrière soi. Tirer. || Chevaux qu'on attelle à une voiture pour qu'ils la traînent. || Un fardier (cit. 2) que cinq vigoureux chevaux ont peine à traîner.Passif et p. p. || Paquebot traîné par un remorqueur (cit. 1), wagons traînés par une locomotive (→ Train, II.).Traîner une brouette (→ Garde-chiourme, cit. 2).Déplacer en tirant derrière soi sans soulever. || Traîner une chaise longue près de la cheminée (→ Caban, cit. 1). || Traîner un fardeau. || Traîner qqn par les pieds.Traîner un cadavre sur la claie (et fig.).
1 (Tous ses efforts) ne firent autre effet que de le traîner à écorche-cul la longueur de sept ou huit pas.
Scarron, le Roman comique, II, XVI.
2 Petit Jean, traînant un gros sac de procès.
Racine, les Plaideurs, I, 1 (jeu de scène).
3 (…) elle buta, tomba une première fois, se releva pour retomber plus loin; et, dès lors, la bête s'affolant, elle fut traînée. Maintenant, elle hurlait. Son corps, dans la luzerne, laissait un sillage.
Zola, la Terre, I, I.
Laisser frotter sur le sol ou sur une surface. || Le cygne (cit. 3) traîne son plumage sur le sol. || Traîner ses mains sur un mur, sur une feuille de papier.(XVIIe). || Traîner les pieds : marcher sans soulever les pieds du sol (→ Garçon, cit. 25). || Traîner ses pieds (→ Éculé, cit. 1; emprisonner, cit. 3). || Traîner ses babouches (cit. 1), traîner les semelles (→ Dehors, cit. 9). — ☑ Loc. fig. Traîner la semelle : vivre misérablement ( Traîne-patins, traîne-savates, traîne-semelles).Traîner la savate; ses guêtres.
Péj. || Traîner qqch. dans…, en le souillant au contact de… || Traîner son écharpe dans la poussière.P. p. || « (…) un horrible mélange D'os et de chairs meurtris, et traînés dans la fange » (→ Affreux, cit. 1). || Drapeau (cit. 2) traîné dans le sang du peuple. — ☑ Loc. fig. Proverbes traînés dans les ruisseaux des halles (→ Intervalle, cit. 1).Traîner qqn dans la boue : nuire à sa réputation en l'attaquant, en le calomniant.
Entraîner dans sa marche (une entrave).Traîner un boulet (cit. 3; au fig. → Plaquer, cit. 12). || Traîner sa chaîne comme un forçat (→ Argousin, cit. 1). || Traîner un fil (cit. 19) à la patte. — ☑ Loc. Traîner la jambe (cit. 15), la patte (cit. 8) : avoir des difficultés à marcher (infirmité, maladie, fatigue). Boiter (→ Sciatique, cit.).
2 Compl. n. de personne. Forcer (qqn) à aller quelque part par une contrainte physique ou morale. || Traîner un accusé en prison (cit. 4), au supplice (→ Ne, cit. 17).Fig. || Les destins (cit. 12) traînent de force ceux qui leur résistent.
4 (…) et elle traînait bon gré, mal gré, son mari à ces divertissements qui le fatiguaient affreusement après sa journée de travail.
Maupassant, Clair de lune, Les bijoux.
5 (…) il n'en était plus qu'à jurer de traîner les Buteau en justice, pour se faire rendre sa part (…)
Zola, la Terre, V, V.
3 Compl. n. de personne ou de chose. a Emmener, emporter, avoir partout avec soi par nécessité (les gens ou les choses dont on voudrait pouvoir se séparer, se libérer). || Traîner avec soi un chaperon; des enfants insupportables…Par métaphore. || Chacun traîne un ange de Satan (→ Familier, cit. 2). || Traîner un vieux manteau, malgré l'usure. || Cette menace (cit. 8) qu'il traînait nuit et jour.
6 Tu vis mon désespoir, et tu m'as vu depuis
Traîner de mers en mers ma chaîne et mes ennuis.
Racine, Andromaque, I, 1.
7 Je traînai quelques jours cette tristesse de rue en rue, de théâtre en théâtre, de lecture en lecture, sans pouvoir la secouer (…)
Lamartine, Graziella, III, III.
Mener, emmener ou porter, emporter avec soi avec peine, désagrément. Remorquer, trimballer. || Il la traîne partout où il va. || Les Américains traînent partout leurs pénates (→ Home, cit. 2).
b (V. 1460). Fig. Supporter (une chose pénible qui dure). || Traîner une vieillesse douloureuse (cit. 4), une pauvre vieillesse (→ 1. Confort, cit.); une existence inutile (→ Soupirer, cit. 5). || Traîner une maladie (→ Métrite, cit.), une mauvaise toux.
8 Elle traîna sa misérable vie encore quatre ans.
R. Rolland, Voyage musical au pays du passé, VI.
4 (1636). Compl. n. de chose. Faire durer, faire se prolonger. || Traîner les choses en longueur. Éterniser (→ Lanterner, cit. 3). || Traîner un procès.
(1549). Émettre lentement. || Traîner la voix sur certains mots (→ Manière, cit. 7).
9 Par moments, sa façon dormante et voluptueuse de traîner la fin des phrases imitait les allongements de pattes d'une tigresse marchant dans les jungles.
Hugo, l'Homme qui rit, II, I, III, 2.
5 (Mil. XVIIe). Vx ou littér. Entraîner.Sujet et compl. n. de personne. Entraîner par intérêt, séduction. Attirer. || Traîner des admirateurs après soi, derrière soi (→ aussi Écoutant, cit. 1). || Cotin à ses sermons traînant toute la terre (→ Auditeur, cit. 1). || « (…) traînant tous les cœurs après (cit. 35) soi ».Compl. n. de chose. Entraîner nécessairement, comme conséquence. || Les faiblesses que la médiocrité (cit. 4) traîne avec soi.
———
II V. intr.
1 Rare. Se traîner. || Il boite, et traîne avec peine. — ☑ Loc. Traîner de l'aile. Aile (cit. 3).
2 (Fin XIIe; traïner, déb. XIIe). Sujet n. de chose. Pendre à terre en balayant le sol, une surface.Robe qui traîne par derrière. Traîne. || Cette tenture est trop longue, elle traîne par terre, dans la poussière.
(1694). Pendre, ne pas être retenu. Pendre. || Des tapisseries dont les lambeaux effrangés (cit. 2) traînaient presque jusqu'à terre. || Habit qui traîne jusqu'aux pieds (→ Lévite, cit. 4), sur les talons (→ Pli, cit. 2).
3 Sujet n. de chose. Toucher le sol, une surface, de tout son long. || Des goémons (cit. 2) traînant à terre. || Lumière (cit. 6) qui traîne sur les choses.
10 Sa tête était tournée contre la muraille, ses bras traînaient insensibles sur le lit (…)
A. de Gobineau, Nouvelles asiatiques, p. 235.
4 Sujet n. de chose. S'étendre en longueur comme une traînée, une trace qui subsisterait. || Le ciel où traînent des nuées transparentes (→ Escadrille, cit. 2). || Des loques de brouillard traînaient encore sur les pelouses (→ 1. Mou, cit. 7). Traînée (I., A., 3.).
11 On sentait traîner dans l'air des odeurs de terre humide, de terre dévêtue, comme on sent une odeur de chair nue, quand tombe, après le bal, la robe d'une femme.
Maupassant, Contes de la Bécasse, « Un coq chanta ».
12 Au ras du sol, des parfums d'herbe traînaient lourdement.
France, le Crime de S. Bonnard, Œ., t. II, p. 339.
Fig. Subsister. || Des restes de barbarie traînent encore dans notre civilisation (cit. 6).Impers. || Il traînait dans ce lieu un arôme acidulé (cit. 1), un restant de lumière (→ Imprécis, cit. 1). Traînée (I., A., 2.).
5 (Déb. XVIIe, d'Aubigné). Sujet n. de chose. Être à l'abandon, rester sans avoir été rangé, ramassé. || Des savates traînaient sur le tapis (→ Encombrer, cit. 2). || Il ramassa un haltère (cit. 1) qui traînait. || Rafler (cit. 1) tout ce qui traîne. || Papiers gras traînant et voltigeant partout (→ Foule, cit. 7). || Mies de pain qui traînent sur la nappe (cit. 2).
13 Tenez encore ce manchon, ne laissez point traîner tout cela (…)
Molière, la Comtesse d'Escarbagnas, 2.
(En parlant de choses abandonnées dont personne ne se soucie). || Les vieux fatras qui traînent dans les livres (→ Butin, cit. 2). || Des vieilleries qui traînent dans les écoles de la Grèce (→ Fouriériste, cit.).
(1727). Se trouver partout, être banal. || Une chose, une idée qui traîne partout. Commun, rebattu, trivial, usé.
6 (V. 1460). Sujet n. de chose. Durer trop longtemps, ne pas finir. || Faire traîner les choses en longueur (II., 2.). Allonger; délai. || Un procès qui traîne, n'en finit pas. || Maladie qui traîne. Éterniser (s'), prolonger (se). || On croyait que l'affaire traînerait (→ Brusquer, cit. 4). || Travail qui traîne, en retard. || La conversation traîne. Languir. || Ça ne traînait pas avec elle (→ Gras, cit. 18).Ça n'a pas traîné ! : ça a été vite expédié. Tarder. || Ça ne traînera guère (→ Torchon, cit. 3).
14 Quand une chose est décidée, je n'aime pas qu'elle traîne. Nous allons mener l'affaire rondement, si vous voulez bien.
J. Romains, Volpone, II, I, 3.
Se dit de la voix qui émet des sons anormalement bas. || Sa voix traîne sur certaines syllabes.
15 Elle devint singulièrement tranquille, même un peu lente : sa voix s'habitua à traîner et prit un accent gnian-gnian.
Ed. et J. de Goncourt, Sœur Philomène, II (1861).
7 Sujet n. de personne. Languir; poursuivre une vie pénible.
16 Il vaut mieux, quand on craint ces malheurs éclatants,
En mourir tout d'un coup, que traîner si longtemps.
Molière, Mélicerte, II, 6.
S'acheminer vers la mort.
8 (1718). Sujet n. de personne. Rester en arrière d'un groupe qui avance. || Soldat, enfant qui traîne. Traînard (→ Être à la traîne).Aller trop lentement. || Traîner en chemin. Flâner. || Ne traîne pas en rentrant de l'école.(1580). S'attarder (dans une occupation), agir avec lenteur. Attarder (s'), lanterner; lambiner, musarder, muser, traînasser. || Faire qqch. sans traîner. || Dépêchez-vous, vous traînez ! (→ Dormir, s'endormir sur la besogne).
17 Il était lancé, il ne voulait pas traîner parce que le moment le plus difficile est celui qui précède une décision.
Paul Morand, le Cheval de Troie, IV.
9 (1640). Sujet n. de personne. Aller sans but ou rester longtemps en un lieu (jugé peu recommandable ou peu intéressant). || Traîner dans la rue, par les rues (→ Désorienté, cit. 4, Courteline). Errer, rouler, vagabonder, zoner. || Traîner dans les cafés, les cinémas, les mauvais lieux (→ Peau, cit. 20). || Traîner avec qqn.Trans. || Traîner la rue, les cafés.
18 (Elle) avait langui dans la petite noblesse agricole du département, un peu traîné avec de petits jeunes gens mal élevés.
France, M. Bergeret à Paris, Œ., t. XII, p. 467.
18.1 (…) on se rencontre à l'improviste, on traîne dans les bistrots, on va les uns chez les autres, on se couche sur le divan (…)
N. Sarraute, le Planétarium, p. 181.
10 Techn. Pêcher à la traîne.
tableau Verbes exprimant une idée de mouvement.
——————
se traîner v. pron.
1 (XIIe). Sujet n. de personne ou d'être animé. Avancer, marcher avec peine (par infirmité, maladie, fatigue). || Se traîner en se soulevant sur des béquilles (→ Enflammer, cit. 5). || Convalescent qui peut à peine se traîner (→ Amour-propre, cit. 4). || Des chameaux qui ne pouvaient plus se traîner (→ Carcasse, cit. 2). || Une voiture qui se traîne sur la route, qui avance lentement.
19 Les jambes de la pauvre vieille s'étaient alourdies. Il lui fallut une canne pour se traîner dans la salle à manger, et là il lui sembla que les murs vacillaient autour d'elle.
Zola, Thérèse Raquin, XIV.
Fig. Se passer péniblement et lentement. || Des vies qui se traînent (→ Anéantir, cit. 16).
20 Sa vie se traînait inoccupée, ramenant les mêmes heures monotones.
Zola, Nana, X.
2 (1538). Avancer à plat ventre ( Ramper) ou à genoux. || Bébé qui rampe et se traîne (→ Retomber, cit. 1). || Blessé qui se traîne sanglant (→ Armée, cit. 7). || Se traîner sur un tapis.Par ext. Se vautrer. || Se traîner dans la boue. — ☑ Fig. Se traîner aux pieds de qqn : le supplier à genoux, s'abaisser à des humilités.
3 (Déb. XVIIIe). Sujet n. de personne. Aller à contrecœur. || Il faut encore se traîner là-bas ! || Se traîner à une visite (→ Farouche, cit. 4).
Fam. Agir, se comporter avec peine, fatigue.
4 (1807, Mme de Staël). Sujet n. de chose. S'étirer en longueur, dans le temps. || La conversation (cit. 7) se traîne en paroles de peu de sens (→ aussi Mendiant, cit. 5).
21 Puis la conversation reprit, faible et languissante, et se traîna en propos intimes et en observations banales.
France, M. Bergeret à Paris, Œ., t. XII, p. 369.
——————
traîné, ée p. p. adj.
Voir à l'article.
N. m. || Le traîné, fait ou façon de traîner (quelque chose).
22 Devant les moutons, l'homme était seul.
Il était seul. Il était vieux. Il était las à mort. Il n'y avait qu'à voir son traîné de pied, le poids que le bâton pesait dans sa main.
J. Giono, le Grand Troupeau, I, Pl., t. I, p. 545.
CONTR. Pousser, soulever. — Suivre; galoper; filer.
DÉR. Train, traînage, traînailler, traînant, traînard, traînasser, traîne, traîneau, traînée, traînement, traînerie, traîneur, traînier.
COMP. Traîne-; traîne-bûches, traîne-buisson, traîne-charrue, traîne-la-patte, traîne-malheur, traîne-misère, traîne-patins, traîne-savates, traîne-semelles.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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